La puérilité fait partie de moi, elle est un des aspects de ma personnalité, elle m’a poussé de plus en plus dans les tréfonds de ma maladie alcoolique, elle m’a accompagné ensuite après mon abstinence, elle m’a remis en danger… Comment ? Pourquoi ?

Dans le premier épisode de l’article, j’ai développé l’aspect hypersensible retenu par les scientifiques qui ont analysé les comportements caractéristiques des malades alcooliques. ( voir article précédent ).

Il reste donc les deux autres aspects qui sont :

  • un comportement puéril
  • une ambition dévorante caractérisée par un orgueil fort

Dans ce second épisode, je vais développer la puérilité.

 

Comme toujours, je ne parle, ici, que pour moi. Je ne développe pas mes arguments ou mes témoignages au nom d’autres personnes. Je ne me le permettrais pas et ce serait d’une part contre mes principes de valeur et d’autre part contre les engagements d’anonymat par rapport aux groupes de parole que je fréquente depuis 2001.

 

Alors, la puérilité…

 

Commençons par une définition pour situer le sujet :

puérilité\pɥe.ʁi.li.te\féminin (latin : puerilitas : enfance)

Caractère de ce qui est frivole et qui conviendrait à un enfant, soit dans le raisonnement, soit dans les actions ; il ne se dit qu’en parlant des personnes qui ont passé l’âge de l’enfance.

Comportement : des actions, des discours qui offrent ce caractère.

La liste des synonymes que l’on attache au terme « puérilité » est longue et permet d’encore mieux situer ce comportement qui me caractérisait beaucoup quand je consommais de l’alcool : niaiserie, baliverne, sottise, billevesée, futilité, bagatelle, enfantillage, légèreté, frivolité, bêtise, naïveté, vanité, inutilité, broutille, espièglerie, polissonnerie, badinage, libertinage, inanité, babiole…

 

Force m’est de reconnaître que j’étais très puéril et que je le suis encore, parfois, à certains moments, avec ma naïveté qui reprend le dessus. Un côté enfant non encore adulte vit en moi depuis les débuts de mon adolescence ; romantique rêveur, fils unique solitaire s’inventant des jeux et des personnages fictifs, un homme hypersensible qui craquait pour peu et passait du rire aux larmes, émotif puéril devenu adulte qui plongeait dans la boisson pour fêter une bonne nouvelle ou noyer un chagrin…

 

Le côté puéril (enfant, non adulte) de ma personnalité justifiait aussi mon alcoolisme. Quand je devais défendre mon verre, quoi de plus simple que de dire « c’est toujours à moi qu’on en veut, c’est pas ma faute, c’est à cause de lui, c’est pour elle que je l’ai fait, c’est pas moi c’est lui, on m’a entraîné, c’est si triste j’ai bu pour supporter ce grand malheur, et patati et patata… »

 

Oui, avec le recul des années et la clairvoyance de l’abstinence, je reconnais que la puérilité est une des caractéristiques fortes qui me situent dans mon comportement social et privé, surtout quand je buvais.

 

Mais cela va plus loin…

 

Eh oui, figurez-vous que devenu abstinent, je suis resté très puéril des années encore alors que je ne consommais plus de ce poison liquide, cet ennemi invisible, mais présent… Mon comportement était resté bizarre, puéril, imprévisible, emballé, non raisonnable… je ne consommais plus d’alcool et pourtant je me comportais, en général comme un alcoolique alcoolisé. Un exemple : j’ai commandé une voiture de luxe sur un coup de tête, comme ça… je rentre dans un show-room, je visite, je m’assieds au volant, je papote avec un vendeur sympathique (mais professionnel de l’art de vendre) et moins d’une heure plus tard, puérilement, comme un enfant, je me vois rouler dans cette belle voiture… Oui, mais… problème. J’avais signé un document que l’on nomme « devis », mais aussi « bon de commande et de réservation ». Et 13 500 euros inscrits en chiffres et en toutes lettres sur ledit document. Badaboum !!!

 

Cet exemple de comportement s’est déroulé en 2012. Pourtant, depuis le 10 juin 2010, je n’avais plus consommé d’alcool sous quelque forme que ce soit.

Effrayant non ? Et imaginez la surprise pour mon épouse quand elle a pris connaissance de ce bon de commande !!! Il y a de quoi péter un câble, comme on dit.

 

Avec un recul, désormais de cinq années, après avoir bien entendu compris et reconnu sincèrement mes erreurs, j’ai pris le temps d’analyser ce comportement (et d’autres qui se sont déroulés entre 2010 et 2014 : voir mon livre à paraître « 6 fois à terre, 7 fois debout »). Et voici ce que j’en ai retiré :

  • J’ai agi de façon déraisonnable.

  • Je me suis comporté comme un gosse dans un magasin de jouets.

  • Je me suis justifié, à l’époque, comme un enfant pris au piège.

 

Donc, on revient bien à la case départ : puéril j’étais dans l’alcool, puéril j’étais resté après. Ce n’est que depuis deux bonnes années que je parviens, enfin, à gérer cet aspect de comportement qui caractérise les alcooliques.

 

On a donc abordé : 1) l’hypersensibilité et 2) la puérilité. Dans l’épisode 3, on entrera de plain-pied dans mon péché préféré : l’orgueil assorti à une ambition déraisonnable… Là, on va avoir du lourd de chez lourd comme disent les jeunes, ça va être chelou. 😉

 

Et pour vivre avec tout ceci, tu fais comment JC ?

 

Un jour à la fois, je gère.

Un jour à la fois, j’essaie d’être mieux que la veille.

Un jour à la fois, je prends du recul.

Un jour à la fois, j’avance en me pressant lentement.

Un jour à la fois, je vis.

 

Soyons heureux, un jour à la fois…

 

 

Jean-Claude Lardinois

@écrivain heureux

 

 

NB : pour préserver le plus strict anonymat, les prénoms et lieux évoqués dans mes écrits sont volontairement modifiés par respect pour la vie privée d’autrui.